... les affres de la correction
Je
découvre avec stupeur, que ce que j'évoquais dans ce billet sur la réforme de la
langue française, n'était, toutes proportions gardées, pas très loin de la réalité.
En effet, il y a eu, en 1990, une réforme de l'orthographe. Celle-ci ayant été, paraît-il, rendue nécessaire au motif que le français serait trop difficile à appréhender pour les étrangers...
Bon, ça fait un peu vieux grognard que de s'accrocher à l'établi et ne pas accepter la modernité, mais j'avoue que ce qu'ils considèrent comme des incohérences ont bien souvent pour moi la valeur
de la poésie de la langue française. Mais passons...
Une des tâches attachées à ma fonction de responsable éditorial consiste à relire des documents. Et là, ce qui, jusqu'à présent était un exercice plutôt facile, a soudain pris pour moi l'apparence
de la complexité...
L'accent circonflexe
Prenons pour exemple les accents circonflexes.
Les accents, c'est très français. Les anglo-saxons, eux, les ignorent.
L'accent circonflexe est un diacritique
(qui est ajouté à une lettre de l'alphabet pour en modifier la prononciation) qui nous vient du grec ancien. C'est un signe résultant de la réunion
d'un accent grave et d'un accent aigu.
L'accent circonflexe se place sur toutes les voyelles sauf le y. Il peut éventuellement en préciser le son (pour les linguistes, en prononciation, il sert à allonger la voyelle, pour une "tonique
longue").
L'accent circonflexe est utilisé, à la base, pour remplacer une lettre disparue. Souvent un "s". Exemple : Forêt revient à écrire forest, forme que l'on retrouve dans les dérivés (forestière,
déforestation...). Tête pour "teste", bâton (dont on retrouve le "s" dans bastonnade), bête (bestial), côte (accoster)...
Il sert à accentuer la première et la deuxième personne du pluriel du passé simple de tous les verbes (ex. nous regardâmes, vous vîtes...); la troisième personne du singulier de l’imparfait
du subjonctif de tous les verbes (mais là, je vous accorde que c'est un peu compliqué, et pourtant, cela a son importance afin de ne pas les confondre avec l’imparfait du subjonctif du passé
simple.
Il s'utilise également dans les mots qui se terminent par -âtre (ex.théâtre, verdâtre...)
L'accent circonflexe sert également à différencier des mots homonymes. On ne peut ainsi confondre le mou du moût, le rôt du rot, le mûr du mur, le pâle d'une pale, le jeûne d'un jeune, la tâche
d'une tache, et la côte de la cote....
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"Remplacez le circonflexe du mot abîme par un point et vous aurez un petit trou "
Milan Kundera
Je suis d'accord avec lui et je dis que si vous écrivez arôme sans l'accent, vous aurez une simple odeur.
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Les affres du correcteur
Quelqu'un récemment m'apporta un document à relire. Dedans se trouvait à de nombreux endroits le mot "coût". Bien. Sans accent, avant, j'aurais immédiatement corrigé.
Or il s'avère que selon la réforme de l'orthographe, le mot coût a perdu son circonflexe et peut désormais s'écrire "cout" .
Cela m'a plongé dans des abîmes (ou abimes allez savoir...) de perplexité. Devais-je le corriger, ou bien, au nom de la modernité, devais-je le laisser passer?
Alors je l'ai laissé. Tantôt "coût" autant ne pouvais-je pas me résoudre à tuer ce si beau mot dans sa virginale authenticité, tantôt "cout" car je ne me sentais pas le droit de lutter contre le
progrès.
Que croyez-vous qu'il se passa? On a dit que j'avais laissé passer des fôtes. Mais sur la base de quel mot? Avec ou sans l'accent?
Une chose est sûre, qu'on se le dise, c'est que dans tout document, il faut prendre un parti pris et s'y tenir. Si l'on décide de privilégier une forme ou l'autre, il faudra s'y tenir tout au long
du document. Et il n'y a pas eu de réforme laxiste à ce sujet.
Je plains les correcteurs...
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Soyons justes :
Dans la réforme de l'orthographe, l'accent circonflexe ne disparaît (disparait) pas sur tous les mots...
L'accent circonflexe disparait sur i et u. On le maintient néanmoins dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif, et dans cinq
cas d'ambigüité.
Exemples : cout ; entrainer, nous entrainons ; paraitre, il parait
Les mots où le circonflexe est conservé parce qu'il apporte une distinction de sens utile sont :
-
les adjectifs masculins singuliers dû, mûr et sûr, jeûne(s)
-
les formes de croitre qui, sans accent, se confondraient avec celles de croire (je croîs, tu croîs, etc.).
Sur i et u, l'accent circonflexe ne joue aucun rôle phonétique ; il est l'une des principales causes d'erreurs et son emploi, aléatoire, ne peut être justifié
par l'étymologie.
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Illustration Alex