Publié dans : Fenêtre sur...
Dimanche 24 mai 2009
7
24
/05
/2009
10:38
- Texte intégral?
Lorsque je veux briller dans les
salons, j'évite de dire que Stephen King est un de mes écrivains préférés. Tout le monde alors me regarde avec un air de commisération intense. Il est vrai que Stephen King n'est pas considéré
comme un grand écrivain, notamment par ceux qui lisent Sollers ou Orsenna. Et pourtant...
Stephen King a un talent de conteur hors du commun, un sens inné de la psychologie et une parfaite connaissance de la nature humaine (sans laquelle il n'arriverait pas à autant nous terrifier).
De plus, son sens du fantastique me ravit.
Personnellement je ne suis pas fana des livres d'horreur. Mais j'ai adoré Dolores Claiborne, Rose Madder, Shining, le Fléau, Misery etc...
Stephen King a le génie de vous camper une histoire avec un postulat de départ très simple et souvent très ordinaire qui se révèle extra-ordinaire au fil du récit.
Imaginez que vous écriviez et que l'on vous donne comme sujet "
alors là, c'est l'histoire d'une jeune femme et de son petit garçon qui restent coincés un week end entier dans une voiture dont
ils ne peuvent pas sortir puisqu'un chien trés trés méchant les en empêche. Ecris-moi un livre de 150 pages sur le sujet". Vous je ne sais pas. Stephen King, c'est Cujo.
Voulant parfaire mes compétences dans la langue de Shakespeare, j'ai acheté Shining en anglais après l'avoir lu en français. Et à ma grande surprise, j'ai découvert que ce texte dit "intégral", en
fait ne l'était pas. D'une phrase sautée par-ci par-là à des pans entiers de paragraphes, certains éléments de l'histoire qui existent dans la version anglaise ne figurent pas dans la version
française
(voir un exemple en annexe).
Je ne suis pas assez calée en anglais pour juger du style d'un écrivain anglo-saxon. Mais pour autant que j'en puisse juger, il me semble que Stephen King, dans les textes originaux,
s'exprime dans un langage très imagé (voire émaillé de références compréhensibles par les seuls américains), mais aussi foisonnant de détails et riche en disgressions. Peut être les traducteurs
gomment-ils une partie de ce foisonnement dans le souci de garder au texte une légèreté qui le fera apprécier des lecteurs non anglophones?
Je me demande si par exemple "L'histoire de Lisey", qui est un pavé énorme qui a fait craquer plus d'un lecteur pourtant fan de Stephen King à cause de la longueur du texte et du côté
"obsessionnel" du récit n'est pas la traduction française la plus représentative du style de l'écrivain (
non, je ne l'ai pas lu en anglais 
).
A ce sujet, si vous me lisez et que vous êtes anglophone amateur de Stephen King, j'aimerais beaucoup avoir votre opinion sur ce sujet...
Il n'en demeure pas moins que Stephen King est un de mes écrivains préférés et que, chance pour moi, il est également l'un des plus prolixes. Et je remercie les traducteurs de nous permettre de
découvrir ses textes, intégraux ou pas...
---------------------------------------------------------------------------
Annexe - Un exemple caractéristique de texte "oublié"
Chapitre III "Watson"
Watson fait visiter la chaufferie à Jack Torrence.
Dans la version française, Watson évoque le cas d'une femme qui est morte dans une des chambres de l'Overlook hôtel et qui avait passé une dizaine de jours à batifoler avec un jeune homme de moins
de la moitié de son âge (ce que Stephen King appelle très poétiquement dans la version anglaise, "(...)playing hide the Salami").
En français, Watson raconte que le mari de la dame, un grand avocat newyorkais arrive à l'hôtel très en colère mais que le directeur de l'hôtel arrive à le calmer. Et l'histoire s'arrête
là.
Dans la version originale, nous apprenons que la Porsche du jeune bellâtre est retrouvée peu après par la police sur le parking d'un restaurant. Dans celle-ci, l'homme est mort. Le coroner fait
passer cela pour une mort par crise cardiaque. Fait étonnant, depuis, le coroner roule en Chrysler.
Je vous accorde que ça n'amène rien à l'histoire. Mais bon, c'est quand même dans la version originale et ça n'existe pas dans le "texte intégral" français. Pour quelle raison?
Un peu plus loin dans le chapitre, Watson parle de la réputation de l'Overlook hôtel en établissant un parallèle avec l'hôtel Biltmore à New York. Plus loin, c'est tout un paragraphe sur les rats
qui disparaît...
---------------------------------------------------------------------------
Ceci n'est qu'un exemple. Dans son ouvrage "Stephen King - Hantise de l'écrivain", Philippe Hemsen évoque également ces coupures intempestives (Annexe - pages 288 à 290). Il propose également des versions non expurgées de
certains chapitres de Shining.
Pour aller plus loin :
Stephen King - Site officiel
Wikipédia -
Stephen King
Nous sommes tous les enfants de Stephen
King - Stephen King Par Guy Astic
Stephen King en 31 citations - Evene
Illustration : Mitia - Arcturus